Analyse | Une présidentielle cruciale au-delà de la Pologne
Les Polonais iront aux urnes, le dimanche 1er juin, pour le second tour d’une élection présidentielle qui s’annonce très serrée. Ce scrutin s'avérera peut-être crucial pour l’avenir politique non seulement de la Pologne mais aussi d’une partie de l’Europe avec un affrontement emblématique – qu’on observe de plus en plus ailleurs – entre « droite nationale » et libéralisme pro-européen. La Pologne vote deux semaines après la Roumanie, laquelle a rejeté de justesse, le 18 mai, George Simion, un candidat de la droite nationaliste radicale qui se réclame de Donald Trump et qui voulait cesser l’aide à l’Ukraine. Le candidat de droite à la finale de dimanche à Varsovie, Karol Nawrocki, est lui-même allé, le 2 mai, se faire photographier le pouce en l’air avec Karol Nawrocki, 42 ans, qui dit admirer Donald Trump, affirme que le président américain lui a dit « Vous allez gagner » lorsqu'ils se sont rencontrés à la Maison-Blanche au début du mois de mai. (Photo d'archives)
Photo : Karol Nawrocki La Pologne et la Roumanie présentent-elles des situations qui peuvent se comparer, des options et des enjeux représentatifs, au-delà de ces deux pays? Oui, avec des nuances. Les grandes lignes politiques se ressemblent, les clivages fondamentaux également. En Pologne comme en Roumanie, on trouve une société divisée, polarisée, presque à 50-50. D’une part : des libéraux le plus souvent urbains, qui éprouvent une franche loyauté, sinon une affection, envers l’Europe, épousent plus ou moins les valeurs occidentales et se déclarent généralement plus ouverts aux migrants, à l’avortement et aux droits des minorités. D’autre part, en face : des gens plus nationalistes, plus conservateurs, plus ruraux. Inquiets devant le cosmopolitisme, l’immigration, la liberté des mœurs et la chute de l’influence de l’Église (longtemps déterminante en Pologne), ils sont préoccupés par le maintien de l’identité nationale au 21e siècle. Cependant, dans cette région du monde, la droite nationaliste se divise sur la question russe, particulièrement dans le contexte de la guerre en Ukraine. On pense à la Roumanie (avec le candidat défait de justesse George Simion), à la Hongrie ou encore à la Slovaquie, là où la droite est en bonne partie prorusse. En revanche, la Pologne, elle, ne tombe pas dans ce schéma. Dans ce pays, tant à gauche qu'au centre ou à droite, voire à l’extrême droite, la règle veut qu’un bon Polonais se méfie profondément de la Russie, un pays qui, au fil des siècles, y compris à l’époque de l’URSS, a occupé la Pologne et imposé son hégémonie. Idem dans les pays baltes (Lituanie, Lettonie, Estonie), où on entretient une aversion profonde et atavique envers Moscou, qui transcende tous les autres clivages politiques. Cependant, même en Pologne, il y avait au premier tour du 18 mai (le même jour que le second tour en Roumanie) un dénommé Grzegorz Braun : monarchiste, ultracatholique, antisémite, arrivé quatrième avec 6 % et qui est soupçonné de sympathies prorusses. Même en Pologne, ça existe! Toutefois, dans les autres pays aux alentours, en Europe de l’Est comme dans les Balkans (Serbie), la tendance prorusse domine souvent l’ensemble de la droite non libérale et même au-delà. Rafal Trzaskowski. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / Omar Marques Il y a aussi la Elle a déclaré, avec sa coutumière violence verbale : Elle a même fait jouer l’argument de la solidarité stratégique conditionnelle : Mme Noem a semblé oublier qu’en Pologne, tout le monde, y compris le centre libéral du premier ministre Donald Tusk, est indéfectiblement atlantiste, même si le flirt trumpien avec Vladimir Poutine cause un certain malaise à Varsovie. Donc, la droite polonaise joue à fond la carte Trump, comme l’avait fait George Simion à Bucarest, avec pour résultat 46 % des votes et une défaite. On sait que cette carte a parfois pu jouer contre les candidats qui l’ont utilisée et qui s’en sont réclamés en Australie, au Canada et probablement en Roumanie. Cela peut aller dans les deux sens : il n’est pas facile de savoir si Économiquement, les pays de l’Est européen ont généralement connu, depuis la fin du communisme et la disparition du joug soviétique, de remarquables progrès. Cependant, c’est moins vrai pour la Roumanie que pour la Pologne. Depuis 25 ans, avec la chute du communisme et l’intégration à l’Europe, la Pologne a connu un boom extraordinaire et les revenus moyens ont été multipliés par trois, quatre ou cinq. Ce boom a été le sujet de la couverture de l’édition européenne du magazine The Economist du 24 mai. Pour autant, le vote La Pologne est aujourd’hui un pays occidental, certes un peu moins riche que la France ou l’Allemagne mais où on gagne en moyenne dans les 25 000 à 30 000 dollars par année. Le niveau est plus bas en Roumanie, à 20 000 dollars par année en moyenne, et les poches de pauvreté y restent plus importantes. Mais dans tous les cas, riches ou moins riches, une bonne partie de la population est prête à voter pour des candidats qui se réclament ouvertement de Donald Trump, comme le Polonais Karol Nawrocki et le Roumain George Simion. Ces élections sont des présidentielles même si ce sont des régimes d’abord parlementaires. Alors pourquoi ont-elles une telle importance? Pourquoi le vote du 1er juin en Pologne est-il crucial? Donald Tusk. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / Leon Neal Parce que dans ces pays-là (la Roumanie et plusieurs pays de l’Est européen sont dans la même situation), le président ne fait pas les lois, mais il peut les bloquer avec des vetos. Il a aussi le pouvoir de renvoyer les lois devant les tribunaux. Et les tribunaux, en Pologne, ont des sympathies à droite très marquées après toute une série de nominations partisanes par le parti PiS (Droit et Justice), resté au pouvoir presque une décennie jusqu’en 2023 et qui veut aujourd’hui conserver la présidence. Depuis un an et demi que les libéraux pro-Europe du premier ministre Donald Tusk (KO, Coalition citoyenne) contrôlent le Parlement à Varsovie, le président nationaliste sortant, Andrzej Duda, leur a continuellement fait des jambettes. Le PiS a joué à fond la C’est pour cela que le premier ministre Donald Tusk et son candidat présidentiel Rafal Trzaskowski répètent ceci : Quelles sont les chances, le dimanche 1er juin, du candidat libéral? Rafal Trzaskowski, libéral pro-européen et maire de Varsovie depuis 2018, était le net favori avant le premier tour du 18 mai. Cependant, son résultat a été décevant : 31,5 % contre 29,5 % pour Nawrocki. Et, surtout, les candidats arrivés troisième et quatrième sont des politiciens clairement à l’extrême droite, qui ont totalisé plus de 21 %! Pendant ce temps, la gauche, la vraie gauche, fait à peine 10 % en Pologne. Faisons l’addition : si ces électeurs se reportent en masse sur Nawrocki, le total sera de 51 %. Cela fait en sorte que Trzaskowski, au second tour, se voit obligé de courtiser ces électeurs-là (dont certains peuvent être un peu à gauche en économie tout en étant à droite sur les questions sociétales) pour avoir une chance au second tour. Il a donc oublié ses anciennes déclarations pour la liberté de l’avortement et pour les droits des homosexuels ainsi que ses positions modérées sur les migrants, tout ça pour embrayer à droite (ou, du moins, taire ou cacher ses positions progressistes, sauf celles sur la redistribution économique). Et peut-être que ça pourrait marcher pour lui. Les derniers sondages donnent les deux candidats au coude-à-coude. Un sondage Opinia 24 publié le 27 mai donnait 47,5 % à Trzaskowski et 45,9 % à Nawrocki (sans répartition des indécis), soit un point et demi d’avance pour le candidat libéral. Pour toutes ces raisons, les élections présidentielles en Roumanie, le 18 mai, puis en Pologne, le 1er juin, ont une portée et une valeur symbolique qui vont bien au-delà de leurs seules frontières.Donald
à la Maison-Blanche.
De Varsovie à Bucarest
Division sur la question russe
Le trumpisme, marqueur important

question Trump
, devenue un marqueur important. On a noté la présence, le 27 mai à une assemblée du CPAC (un groupe conservateur américain) organisée dans le sud de la Pologne, de la secrétaire américaine à la Sécurité nationale, Kristi Noem, où elle est allée donner son appui au candidat de la droite Karol Nawrocki.Il faut absolument que Karol [Nawrocki] soit le prochain président de la Pologne. Avec lui, vous pourrez combattre les ennemis qui ne partagent pas vos valeurs.
Si vous votez pour lui, la Pologne continuera à avoir une présence militaire américaine et vous aurez des équipements militaires américains.
l’effet d’appui
sera plus fort, dans tel ou tel cas, que l’effet repoussoir
. Pour ce qui est de Karol Nawrocki, lui n’a pas hésité : début mai, il a fait le pèlerinage à Washington pour s’afficher avec ses amis MAGA.Populisme sur fond de progrès économique
populiste
y est très fort. On voit bien en Pologne que ce vote qu’on qualifie de populiste, de nationaliste, d'ultraconservateur ou d'anti-Europe n’est pas forcément inspiré par la misère économique.Briser le blocage de la cohabitation hostile

cohabitation hostile
avec une pluie de vetos et de renvois aux tribunaux, provoquant une paralysie législative totale.Nous avons besoin d’un président et d’un premier ministre qui coopèrent pour défendre notre programme et pour défendre l’État de droit.
Les chances de Trzaskowski
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